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Balade autour de Bonaguil.

Halte où, jadis, quelques lavandières venaient faire leur ouvrage, dans l’eau transparente de la source…
Le lavoir aujourd’hui s’ennuie seul, en forêt. Autrefois le lieu accueillait les chants des femmes, les claques des battoirs et chocs des cuvettes de bois. Une brouette parfois, non loin,
patientait sagement. Quelques enfants jouaient sur le chemin trainant leur impatience.

Au printemps et en automne, c’est au début des heures chaudes que règne la plus grande agitation. En été, on vient le matin à la fraiche pour ne pas trop souffrir de la chaleur. On tape, frotte,
rince, interpelle, rit et chante. Les rumeurs des unes se transmettent aux autres dans ce lieu de débauche de propreté… Parfois quelques mégères règlent leurs comptes, lavent leur linge sale
comme en famille. Une fois l’ouvrage terminé, elles empilent les pièces de linge dans des paniers d’osier et rameutent leurs jeunes enfants qui les suivent en s’accrochant à leurs jupes. Le
dernier effort, c’est de porter ces paniers lourds d’étoffes encore trop gorgés d’eau, soit sur leur hanche pleine, soit jusqu’à la brouette… C’est en haut du chemin, après les efforts du
transport, que les petits et grands linges seront essorés à deux puis déposés sur les prés aux herbes odorantes, exposés aux rayons du soleil pour un blanchissage et un séchage parfumé.

Au détour du chemin, là où dors cet endroit magique, je me suis arrêtée. Dans ce lieu toujours habité des souvenirs du passé, je devine ces bruits accrochés aux murets, à la terre, à l’air même…
Assise au bord du lavoir, mes doigts effleurent l’eau fraîche que je porte à ma nuque pour me rafraichir. Je ferme les yeux. Le chant de l’eau qui s’échappe en trop plein est si proche… Il n’est
troublé que par les ritournelles d’un rossignol qui sent venir le crépuscule et les trilles d’une grive musicienne annonçant son retour sur son territoire… La forêt agite doucement les jeunes
rameaux des arbres lourds et anciens, et c’est léger, comme des étoffes de soie que l’on froisse…

Un « ploc » dans l’eau, et un rire d’enfant… Il jette des petits cailloux cherchant à attirer mon attention… Que fait-il là ? Seul ? Non, pas seul, il rit encore, et
interpelle sa mère. Je le sais car j’entends distinctement « maman », mais le reste de la phrase est confus… Il s’éloigne, ils s’éloignent. Ne reste que l’écho des deux rires, celui de
l’enfant et celui de la femme…

J’ouvre les yeux. Un bref instant, les époques s’emmêlent et je ne sais plus très bien où je suis et cherche du regard un indice, tendant l’oreille à tous les bruits que je peux identifier. Rien.
Plus rien. Seuls les chants des oiseaux et de l’eau limpide et transparente. Je me penche et mon reflet me donne la réponse ; Un chapeau de paille vingtième siècle ! Déçue, je conclue
que j’ai dû rêver, un bref instant… Je me lève et reprend ma promenade printanière, non sans auparavant immortaliser l’endroit dans ma boite à images.

L’album http://www.humeurdujouretcreations.fr/album-2015981.html