Catégorie : Contes et légendes

Tremolin 4 et fin

Il se souvenait de la naissance du jour d’après où la vie en lui, sur lui s’était réveillée, où la migration des petits et des grands avait commencé, ou la promiscuité sécurisante disparaissait et où tous les mondes, l’animal et le végétal, reprenaient le cours de leurs vies.

Alors, Tremolin admirait du haut de ses trente mètrées son royaume. Il s’étendait de son pied jusqu’où le ciel, la terre et l’eau se rejoignent.  Il était fier de régner sur cette terre d’abondance et d’accueil. Les cycles de septimes se succédaient aussi dans les autres provinces, et quelques rares espèces rejoignaient la septième province.

Il s’était pris d’affection pour une espèce qu’il ne connaissait pas. Curieux petits bipèdes roses et nus comme les vers de sable… Il aimait les sons mélodieux qu’ils faisaient. Ils croissaient et multipliaient comme toutes les espèces de cette terre neuve.

Tremolin se promit de donner un nom à sa vingtième années septimes tant à cette jeune province nouvellement peuplée, qu’aux nouvelles espèces migrantes installées. Pour le moment, tous goûtaient à la paix du monde du milieu.

FIN

Merci à Tremolin pour ses confidences de grand Sage et à Eyssaure le malicieux, vent doux du sud-ouest du Monde du milieu, son ami de toujours pour ses murmures.


Tremolin 3

En quelques jours, sachant la fin proche décelée au passage des vents mauvais des Lointains, Poplar le Vieux l’avait instruit de tout ce qu’un peuplier tremble devait savoir. La protection était assurée sur une autre province du monde du milieu, pas seulement pour son espèce mais pour toutes celles de ce monde agonisant… C’était la prophétie de Poplar le Vieux qui se réalisait à n’en pas douter.

Il se souvenait que quinze années septimes auparavant, lui, Tremolin sortait d’une terre rousse et complice, ses fortes racines où s’accrochaient les vies souterraines. Ses branches, ses feuilles son tronc, s’étaient couverts d’insectes de tous genres, du dessus, du dessous, du dedans de la terre mère, d’oiseaux de toutes plumes, de poissons d’écailles ou nus, de toutes eaux, les limpides et les boueuses, les sages et les tumultueuses vivant sur et dans la terre mère, d’herbivores de tous poils vivant au sol ou à la cime des uns ou des autres, de carnassiers indispensables pour l’équilibre de tous. Ils se sont posés, agrippés, enfouis, tous en paix et confiants d’une nouvelle vie. Dans la terre, sous ses racines, Tremolin savaient des enfants endormis, rejetons multiples et variés dans leurs cocons, descendants innocents des parents et amis feuillus sacrifiés. Les petits se réveilleraient après le grand déménagement, quand la septième province aura fait se rejoindre le ciel, la terre et l’eau. Ainsi allaient les cycles des septimes dans ces temps-là.

Tremolin se souvenait de son arrivée dans la septième province du Monde du milieu après tant de souffrance… Sur cette terre d’asile féconde, il avait glissé délicatement ses jeunes racines ensemencée de vies d’ailleurs dans la terre rouge d’ailleurs, se mélangeant à jamais à une autre terre, brune, chaude et fertile. Il avait levé haut, le plus haut possible, ses jeunes branches pour retenir les nuages gorgés d’eau afin de s’abreuver… Délicats, les nuages consentants s’écartaient, laissant un ciel rougissant de fin de jour apparaître.

(A suivre)


Tremolin 2

Il se souvenait de ce jour où le grand Sage Poplar le Vieux l’avait choisi lui, pour sa mémoire fabuleuse…
Il se souvenait comment le grand Sage Poplar le Vieux lui avait enseigné, appris, formé, entrainé puis un septième jour naissant, lui avait révélé qu’il porterait sur lui, tous les espoirs de leurs mondes…Le grand Sage avait analysé sa manière de vivre. Ainsi, Trémolin était réellement unique… maintenant il le savait.
Il avait été instruit sur certaines choses importantes, sur la moyenne de vie des peupliers trembles qui variait d’un temps de soixante-dix à quatre-vingts années septimes. Et lui, le jeune Tremolin, avait été choisi parmi des septimes de septimes de jeunes trembles pour sa constitution exceptionnelle. Des triples centenaires septimes, étaient aussi rares que l’on n’en avait jamais connu de mémoire de tremble, mais il y avait de vieilles histoires dont il avait
été instruit qui en parlaient encore… Il portait dans ses gènes cette longévité exceptionnelle.
Surement une graine envolée et enfouie d’un Vénérable de son espèce, disait-on.
Alors, il se souvenait comme il se sentait petit au milieu des siens, même s’il se savait frêle et fragile du haut de ses dix mètrées, et même s’il devait partir sans se retourner, le cœur gros à en pleurer ses feuilles, il avait tremblé de tout son être lors de son acceptation,
tremblant autant que possible, bruissant si fort de toutes ses jeunes feuilles qu’il avait été entendu de toute la province, aidé de son ami Eyssaure portant ses bruissements qui enflaient tels les bourdonnements de la communauté ailée en colère. Il avait accepté de partir, c’était dans l’ordre des choses, aidé par le malicieux Eyssaure, vent doux du sud-ouest du Monde du milieu, son ami de toujours.

( A suivre)


Tremolin

Tremolin

Tremolin admirait du haut de ses trente mètrées son royaume. Il s’étendait de son pied jusqu’où le ciel, la terre et l’eau se rejoignent.
Il se souvenait, sans colère aucune, car c’était dans l’ordre des choses, du dragon de feu dévastateur. « Feu des Entrailles », appartenait au monde du dessous… Ravageur de parents, d’amis de toutes espèces. Il se souvenait de la plainte déchirante et grandissante des branches se consumant, des éclaboussures incandescentes dégoulinant des troncs dévorés de l’intérieur, de l’écran de fumée rouges et noires obscurcissant le ciel… Il avait été instruit et savait que par cycle, de septimes en septimes, Feu des Entrailles revenait remettre les choses dans l’ordre en nettoyant les plaines et les vallées, en ratiboisant les grands et vieux bois, et tout ce qui surgissait à son passage. Feu des Entrailles allait jusqu’à aspirer les eaux des terres et les recracher bouillantes et purifiées. Oui Tremolin se souvenait.
Il se souvenait de sa solitude malgré son fardeau de la vie des hôtes naturels des lieux, habitants de tous les endroits de la province meurtrie en âge de procréer. Il avait été instruit des contes et légendes des mondes du dessus, du dessous, du milieu, et de ceux disparus… Il savait la légende d’un des mondes aujourd’hui disparu qui évoquait une « arche de Noé » … Son exode lui ressemblait.

( à suivre)

(Histoire inspirée par l’arbre habité de Mignaloux-Beauvoir pour Francine, série contes et légendes- 2017)