Catégorie : Souvenirs d’enfant

Une triste nouvelle pour le ciel, le soleil et la mer…

Une triste nouvelle…

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François Deguelt à 1962 Eurovision Song Contest à Luxembourg

Oui, je sais, ce n’est pas Brel, Ferré, Moustaki ou Barbara, ni Nougaro… Mais avec sa disparition, c’est le témoin des années heureuses de notre jeunesse qui rejoint tous ces grands de la chanson…

Fugace, une vision de l’enfance… Un regard sur le Transistor Radiola, rouge et blanc qui déverse langoureusement,une chanson de François Deguelt… Là, juste à côté de notre magnifique téléphone noir en bakélite… La glace de pied, sur le mur me renvoie mon image, une image de gamine énamourée… Et tout près de mon oreille, il chante… « Dis rien »… Je suis amoureuse… Le menton posé sur mes mains, je ferme les yeux… Qu’est-ce que c’est osé ces paroles, mais c’est doux à écouter…

Amoureuse à 10 ans… Oui, oui… Mais il le valait bien !

Je sais une de mes amies qui vient de me dire qu’elle aussi….

Je vous offre cette chanson : « Dis rien »... Un petit peu moins connue.
Et aussi un blog à découvrir (comme moi, ce jour)… Bien documenté…

[youtube]http://youtu.be/gvQAQoVc27g[/youtube]

Dis rien, dis rien, on s’aime
C’est ça le vrai poème
Et je me sens si bien
Mon corps noyé au tien

Je suis comme dans une vague
Où mon bonheur divague
C’est si profond, profond
Je me sens couler au fond

Dis rien, les mots sont bêtes
Quand on n’est pas poète
Ce sont des bulles qui crèvent
Les mots, ça tue les rêves

Mes mains jouent sur ta robe
Rien de toi ne se dérobe
Dans mes deux bras fermés
Laisse-moi, laisse-moi t’aimer

Dis rien, dis rien, mon âme
Tes yeux ont comme une flamme
Les mots sont tous les mêmes
Dis rien, dis rien, je t’aime

Je ne sais plus où nous sommes
Tu es femme et moi – un homme
Et si l’on meurt de ça
Je veux mourir cent fois
Cent fois, cent fois, cent fois

Une belle journée les nostalgiques… Hummm… Chut ! J’écoute….


Lapin aux pruneaux…

Pour faire suite au succulent billet de mon amie Fryou, j’ai eu envie de vous faire partager son article …

photo-lapin-au-pruneaux.JPG  Petite fille j’adorais le lapin aux pruneaux, cuisiné surtout dans le
nord de la France. Maintenant je vis dans le sud-ouest, dans le département (le Lot-et-Garonne, préfecture Agen) où je suis entourée des pruniers d’Ente, variété que l’on cultive essentiellement pour le sécher ! La culture et le séchage sous des formes variées à travers les âges, remonte au moins du Moyen-âge en France… Aujourd’hui, beaucoup moins de main-d’œuvre, on secoue les pruniers et les prunes tombent dans d’immenses « parapluies » renversés.

RAMASSAGE-PRUNES.jpg  RAMASSAGE-PRUNES-3.jpg  RAMASSAGE-PRUNES-4.jpg

… Ce plat est toujours l’un de mes préférés, ainsi que le magret de canard accompagné d’une sauce au confit de miel aux écorces d’orange (créée par l’une de mes amies), de grenailles de pommes
de terre avec quelques légumes verts. Hum… J’en salive !

J’aime aussi la délicatesse d’un riz au lait d’amande tiède encore, servi avec une salade de fruits frais, de saison…

Bon appétit !

 

Pension Saint-Michel…Le dortoir, 5ème épisode…

Bonjour,

De retour parmi vous… Voyage fructueux en émotions relatives aux souvenirs que je vous raconte… Recherches historiques en cours sur l’histoire de cet orphelinat.

Voici la suite et la fin de ce premier chapitre en 5 épisodes. Les autres sont écrits, mais je les garde pour plus tard…

5ème épisode

Sur un plancher de bois bien ciré et de chaque côté du dortoir, les petits lits de fer bien rangé étaient recouverts d’un dessus de lit bleu ciel fleuri. A chaque extrémité, les grandes baies
ouvertes aéraient cette pièce immense, et l’une d’elles laissait pénétrer abondamment le soleil chaud de cette fin d’été. Des merles s’appelaient en chantant toujours le même refrain. Une
atmosphère bleutée et parfumée régnait dans cet endroit réservé au repos. Dans un angle, à deux lits de ma place attribuée, il y avait des cloisons disposées en angle qui reproduisait une cellule
sans toit, ultime refuge pour les nuits de la religieuse… Nous n’étions jamais seules. Quelqu’un veillait sur nous la nuit… Une petite ouverture carrée, fermée par un rideau identique à celui des
couvre-lits, permettait à la sœur de nous observer avant de sortir de cet abri. Elle percevait autant les chahuts que les gémissements d’une malade, les cauchemars et les chagrins…

Les autres fenêtres très hautes, sur le mur opposé à l’entrée, donnaient sur un parc, le parc du château !. Même sur la pointe des pieds, il m’était impossible d’accéder à ces ouvertures
vers l’inconnu. Je n’apercevais que d’énormes marronniers qui agitaient doucement leurs branches. Ils étaient si épais que je ne voyais même pas le ciel.Bat-princ-vue-de-cote--2--copie-1.jpg

Avec le reste de ma valise et les quelques vêtements que maman avait marqué du numéro 91, ma monitrice et moi redescendions au premier étage. Direction la lingerie. Là encore, je restais bouche
bée. Tout le tour de la pièce était en bois cirée. Cela sentait bon. Il n’y avait que des placards derrière ces portes et les vêtements des pensionnaires y étaient rangés de façon ordonnée. C’est
pour cela que maman avait cousu le numéro 91 sur mon linge. Celui-ci était composé du linge de corps – culottes et maillots de corps – des socquettes et chaussettes, des pyjamas, de pulls et
tricots de laine et du linge de toilette. En effet, les pensionnaires de Saint-Michel étaient habillées par l’institut. Uniforme pour l’été, uniforme pour l’hiver. Je me suis vue attribué une
jupe écossaise, rayures blanche, bleue, verte et marron, et un chemisier blanc.

Cet endroit me plut tout de suite par son ambiance tiède, ses odeurs de linge frais et de lavande, d’autres parfums sucrés et les craquements du bois qui rendaient cette pièce spéciale.

(D’après une histoire vraie….)


Pension Saint-Michel… 4ème épisode

Bonjour,

J’espère ne pas vous lasser trop avec cette histoire, mais comme je suis en déplacement, et très occupée, j’ai choisi la facilité en vous faisant partager une histoire écrite depuis très
longtemps et qui était en sommeil. Je travaille actuellement sur l’origine du batiment, (je viens enfin d’en découvrir l’origine dans les archives privées de la congrégation à Paris, rue du Bac
!), et sa fonction au sein de la communauté de Montmirail, l’établissement des religieuses de Saint-Vencent de Paul. En effet, le seigneur de Montlirail, Philippe-Emmanuel de Gondi a été le
protecteur de Vincent de Paul, qui demeure chez lui de 1613 à 1617. Plein de choses savouresues à découvrir…

Aux copines pensionnaires qui me lisent, merci de m’écrire pour rectification si nécessaire…

Voici, si vous le voulez, le 4ème épisode…

Une femme, arrivée de je ne sais où, emportait ma petite valise et m’emmenait comme pour une première visite… Je la suivais en traversant la cour. Du côté gauche, se dressait un mur percé de
fenêtres larges et une porte avec deux marches de pierre. A droite, une petite clôture de tige de métal en arceau protégeait très mal un petit mètre de jardin. Une rangée de cellules
individuelles alignées comme de petites maisonnettes abritaient les enseignantes et monitrices. Deux marches pour accéder à la porte de bois, une fenêtre de chaque côté.Bat-principal.jpg

La cour s’élargissait devant le bâtiment principal qui, dans mes yeux d’enfant, était aussi grand qu’un château. A ma gauche, un escalier, grand et large, menait à une autre cour. A nouveau,
j’étais là, à nouveau se dressait devant moi cet immense bâtiment de meulière grise et beige. J’étais toujours aussi impressionnée, je me sentais écrasée. D’autant que tout là haut, Saint-Michel
terrassant le dragon se dressait, me fixant avec des yeux vides. L’expression de mon visage a dû étonner mon accompagnatrice qui m’a rassuré avec des paroles banales.

Au rez-de-chaussée, s’alignaient des portes doubles en bois, bien fermées. Il y avait trois étages. A l’arrière du bâtiment, aux deux angles, une espèce de tour de abritait en bas, les « waters »
(à la Turque). Je ne les voyais pas d’où j’étais, mais j’avais le souvenir d’une odeur pas très agréable de la fosse septique à l’aplomb de cet endroit. Très vite j’oubliais et suivait ma guide
vers la porte d’entrée. C’était la porte la plus à droite du rez-de-chaussée. Quand elle l’ouvrit, j’étais assaillie par l’odeur de la cire sur les boiseries bien entretenues et du cirage sur
quelques paires de souliers fraichement cirées Un bien-être m’envahit, comme si j’étais de retour à la maison !

 Un escalier de bois accueillant avec une belle rampe usée par le passage d’une quantité de menottes desservait les deux étages. Sur le mur de gauche, des petits casiers attendaient les
chaussures ou les chaussons, suivant que l’on entrait dans l’immeuble ou que l’on en ressortait. Ma valise fut ouverte et je changeais mes chaussures pour des chaussons neufs que maman avait
achetés pour l’occasion.

en-haut-cote-bat-principal-sepia.jpgLa monitrice qui m’accompagnait me précisa que c’était le côté des petites, les
grandes passaient les mêmes épreuves, mais dans l’autre aile . Les petites d’un côté, les grandes de l’autre. Pas de croisement possible des petites et des grandes dans les escaliers ni dans les
étages. Les grandes dans le dortoir du deuxième étage, les petites dans celui du troisième.

Le dortoir était aussi long que le bâtiment moins les deux escaliers de chaque extrémité.

On y accédait par un large couloir qui était équipé tout le long du mur d’un genre de mangeoire avec au-dessus, à intervalle régulier, un petit robinet qui distribuait une eau glacée. En face,
des placards, pour les affaires de toilettes et de nuit. Il arrivait que l’on ouvrit les deux battants pour se dissimuler et faire une toilette plus intime.

Deuxième halte pour ranger, un gant, une serviette de toilette, la savonnette et le pyjama – pas de chemise de nuit.

Une grande porte double en bois ciré s’ouvrait sur le dortoir proprement dit. Comme c’était beau !

 

(d’après une histoire vraie… à suivre…)


Pension Saint-Michel… 3ème épisode

3ème épisode

La place Frérot à Montmirail. C’est là que nous descendions. Cette place, elle penchait… Il y avait une fontaine en pierre avec un bassin autour en pierre aussi. A entendre le chant du filet
d’eau jaillissant des tubes de plomb et retombant dans l’eau dansante, on se sentait rafraîchi. Bien sur, j’allais tremper mes doigts et je me précipitais vers maman pour lui toucher le bras de
mes mains fraîches et mouillées. Elle sursautait et elle riait…

  place Frérot REDUITE place Frérot 2

Il était environ midi et nous remontions la rue menant vers le centre-ville où un restaurant contigu à une pension de famille nous accueillait pour boire et manger, tout simplement, sur des
banquettes de cuir. On pouvait apporter « son manger » disant une ardoise… Maman avait lu tout haut et souriait !

Vers deux heures après midi, nous redescendions la même rue vers la place qui penchait. L’eau de la fontaine chantait toujours. Maman réajusta mon chemisier dans ma jupe. Avec le coin de son joli
mouchoir à fleurs et un peu de « baume de son cœur » -maman disait cela pour la salive – elle essuya le coin de ma bouche ou restait un peu de chocolat de l’éclair engloutit en dessert…

A la pension Saint-Michel, c’était l’heure des réceptions et « visites ». Les nouvelles pensionnaires arrivaient avec de grosses valises. Celles qui revenaient de vacances, avaient des
bagages plus modestes, l’ensemble du trousseau étant gardé à la lingerie. Venaient se joindre parfois à cette agitation, un visiteur pour l’une des pensionnaires à l’année et un sentiment
d’abandon profond pour celles qui ne sortaient jamais.

premiers pas l'entrée

Le pignon côté rue servait de façade, sur deux étages, avec des fenêtres. Qu’y avait-il derrière les rideaux ? Jamais je n’étais allé dans les étages de ce bâtiment. La fenêtre du rez-de-chaussée
correspondait à la fenêtre de l’infirmerie. Je le savais car j’avais dû m’y rendre bien malgré moi… lors de mon précédent séjour. Dans cette pièce, j’avais subi un vrai traumatisme : on avait
percé un terrible mal-blanc à l’intérieur de ma main gauche, où une méchante écharde avait décidé de s’incruster. Sœur Geneviève, la vieille sœur infirmière ne s’en laissait pas conter… Elle
était sèche et dur. Et il n’y avait pas d’anesthésie en patch à cette époque ! Alors, elle avait fait appeler deux personnes à la rescousse – des monitrices je crois – pour m’immobiliser
tellement la peur et la douleur m’agitaient. Mais je fus bien soignée et je guéris vite.

Sur la droite de ce pignon façade, le portail ! Un immense portail en fer peint en noir empêchait le promeneur de voir ce qui se passait derrière. Une minuscule porte s’ouvrit quelques
instants après que maman eut appuyé sur le bouton d’une sonnette quelque peu dissimulé dans le mur.

Je reconnus immédiatement la religieuse en cornette qui ouvrit. C’était la Mère supérieure, la directrice en quelque sorte. Nous devions l’appeler « ma Mère ». Un sourire en guise d’accueil, elle
nous fit entrer.

Le porche métallique passé, je trottinais derrière maman qui trottinait derrière la mère supérieure. Les pavés de la cour étaient luisants à force d’être piétinés par des générations de
fillettes. En tournant le coin du bâtiment, j’entrevis deux de mes anciennes compagnes adossées au mur de réfectoire. Quelque chose les rapprochaient depuis longtemps surement et je les avais cru
sœurs. Elles venaient toutes les deux d’un pays lointain, où les yeux ressemblaient à des fentes et les cheveux étaient aussi noirs que les corbeaux. Je savais maintenant qu’elles étaient
orphelines mais pas sœurs utérines, mais sœurs de cœurs, rapatriées surement comme de nombreux autres enfants et adultes vers 1954… de l’Indochine…

La Mère supérieure nous fit entrer dans le parloir, la pièce servant de salon d’accueil, juste à côté de son bureau et de l’infirmerie.

Tandis que maman et elle, parlaient, je ne me lassais pas d’examiner les vêtements si particuliers des « Filles de la Charité », les religieuses de Saint-Vincent de Paul. La robe du
dessus d’un gris bleu était ample. Peut-être y avait-il plusieurs jupons en dessous. Les manches très larges leur permettaient de glisser leurs mains dedans en se croisant les bras. Dessus, un
tablier noir dont la bavette était fixée sur la poitrine par de minuscules épingles à nourrice, couvrait largement la jupe. Un gros chapelet de perles de bois accroché à la ceinture pendait le
long de la jupe. Il invitait à la prière, à l’égrènement des « je vous salue Marie » par l’aspect poli de chaque grain, la douceur du toucher de ce bois sombre. Au bout une drôle de tête à deux
faces et un crucifix. Le col qui retombait, empesé, sur le haut du tablier et la cornette, accrochaient le regard par leur blancheur immaculée. A chaque mouvement, la coiffe fortement amidonnée
réagissait et les pointes du tissu s’agitaient mollement. Pas un cheveu n’apparaissait. En avaient-elles des cheveux, les religieuses à cornettes ? Les lunettes de la sœur supérieure reflétaient
tout le soleil de cet fin d’été qui réussissait à passer par la fenêtre, et je ne savais pas si elle m’observait, mais je persistais à l’étudier. Enfin, l’entretien était terminé. Les deux femmes
se levèrent et je les suivis dans la cour. Toutes les deux penchées vers moi, elles me disaient ce que je savais déjà : j’allais rester là pour un petit moment, maman s’en retournait et il
fallait que je sois sage et obéissante. Maman viendrait bientôt me rendre visite. Gros baisers d’adieu, quelques pincements au cœur en regardant maman s’éloigner et disparaître par la porte de
métal peint en noir.

portail et bat accueil


Pension Saint-Michel… 2ème épisode

2ème épisode

Saint Michel était le pensionnat le plus chouette de la terre et sœur Marguerite, avec son si beau visage toujours souriant, irradiant le bonheur, elle respirait la gentillesse….

Je suis toujours très étonnée de me souvenir presque jour par jour, des mois que j’ai passé dans ce pensionnat.

Tout d’abord, il y a eu le voyage pour venir à Montmirail. Maman et moi étions parties depuis le matin avec le train, jusque vers la gare du Nord (je crois !).
Là des cars attendaient pour desservir des endroits où les trains ne s’arrêtaient pas, où il n’y avait pas de gare ni de ligne de chemin-de-fer, où pour des tas d’autres raisons que j’ignore. Les
gros cars Citroën étaient bien rangés, marron ou bordeaux foncé, avec un gros nez en guise de capot. L’un d’eux ouvrit ses portes, et nous accueillit avec rudesse, sur ses banquettes bien dures.
Les billets, maman les acheta-t-elle au chauffeur ? Pas de souvenir. Mais le voyage, oui, je m’en souviens.

bus-citroen.jpg Sources photographie : http://forum.aceboard.fr/5699-1740-56345-19-pourri-photos-diverses-hors-RATP.htm

Enfant de banlieue, je découvrais peu à peu la campagne au travers les vitres du car. Les reprises de la boite de vitesse et les grondements du moteur prenant son
élan de toutes ses forces rythmaient le long voyage. Les haltes perturbaient mes rêveries. Au début, quelques personnes des banlieues que nous traversions arrêtaient le bus et elles montaient,
silencieuses, perdues. Ils étaient sûrement comme moi, il avait besoin d’air pur pour retrouver le sourire !

Par la suite, d’autres arrêts troublaient encore mes songes. Des villageois grimpaient les hautes marches ou les descendaient, parfois chargés de sacs, paquets et
objets encombrants ; d’autres les mains dans les poches dégringolaient les marches, et sortant leurs mains, agrippaient un spectateur, qui le reconnaissait et ils s’embrassaient. Lors d’un de ces
arrêts, le chauffeur, après avoir tiré épouvantablement sur le frein à main, descendait du car, grimpait sur la petite échelle de fer, accrochée près de la porte avant, sur le côté pour
rechercher la valise d’une grosse dame essoufflée qui sentait l’étable. Il dessanglait le bagage, et devait le caler sur son dos tout en reprenant la minuscule échelle, et remettre le colis à sa
propriétaire. Les éclats de voix et de rires, les paroles inaudibles, tout ce brouhaha m’agaçait. Alors, c’est quand qu’on repart, maman ?

Enfin, placide, le chauffeur se réinstallait à sa place, relançait le moteur ; il appuyait successivement, par petit coup, sur l’accélérateur, ce qui provoquait des
vrombissements de plus en plus fort du moteur. Les derniers voyageurs embarquaient, tout à coup pressés. Ceux qui restaient, se bousculaient et s’écartaient enfin, permettant au monstre Citroën
d’attaquer un nouveau tronçon de route.

Tout au bout, Montmirail. Avant, il y avait encore un long arrêt : La Ferté-Gauché. Pourquoi était-il plus long que les autres ? Le nom est amusant, gaucher comme
un gaucher. On pouvait descendre du car, et maman souhaitait faire quelques pas. Moi, je ne souhaitais surtout pas bouger, rester dans ma bulle ; je protestais de devoir descendre ses
gigantesques marches pour atterrir sur une terre inconnue. Et je boudais, une fois de plus, en signe de protestation. J’étais contrariée. Je m’enfermais dans un mutisme frondeur et restais tout
près de maman, attendant impatiente, le moment de remonter dans le car. De nouveau à ma place, je remettais mon menton sur mes mains, front collé à la vitre, et je dévorais le paysage, oubliant
ce qui m’entourait. Parfois, maman me parlait, mais rien de me distrayais de ce que buvaient mes yeux. J’étais là mais j’allais loin, très loin, et au bout de la route, au bout de mes rêves
d’enfant.

(d’après une histoire vraie, à suivre si vous le voulez…)


Pension Saint-Michel… 1er épisode

FACADE VUE DE LA PLACE FREROTL’arrivée à Saint-Michel

Les souvenirs sont toujours incomplets, mais les impressions demeurent…

 Non vraiment, je ne me souviens pas de mon arrivée à Saint-Michel. J’ai beau faire des efforts de concentration, fermer les yeux, et penser à la petite fille que j’étais lorsque je n’avais
pas sept ans…. Rien n’y fait… Aucune sensation lors de ce premier séjour au pensionnat ne remonte de cet endroit où je stocke mes souvenirs… Il n’y a que de vagues promenades… peut-ête…

C’était donc lors des vacances de Pâques 1959, mes parents souhaitaient souffler un peu sans doute. Ma petite sœur de trois ans ma cadette était à Font-Romeu. Pour elle aussi, c’était un besoin
de reprendre son souffle d’enfant asthmatique, état qui d’ailleurs, suite à ce séjour, n’a plus réapparu. Mais moi, toujours énervée et énervante, infernale, insupportable, j’épuisais par mon
énergie débordante ceux qui m’aimaient. Des enfants comme moi, était alors un vrai fardeau. On me qualifierait aujourd’hui d’enfant « hyperactive » !

Bref, j’avais aussi besoin de changer d’air. Quelques jours dans cet établissement devaient me calmer. Tout du moins, c’était ce que pensaient les adultes. Coutumière du fait peut-être, j’avais,
très jeune, déjà été accueillie à Néris–les-Bains, réputée pour soigner les nerfs ou les troubles nerveux et du sommeil…Peu importe pourquoi. En ai-je vraiment un souvenir ?… Oui, quelque chose
comme une odeur de chocolat chaud servi dans des bols de plastique bleu, une lumière d’un bleu-violet au-dessus de moi allongée…Rien d’autre je crois.

Ces petites vacances furent le premier de mes séjours à la pension Saint-Michel de Montmirail, dans la Marne. Une enfant privilégiée dans une institution tenue par les religieuses de
Saint-Vincent de Paul, aux cornettes impressionnantes mais dont je me souviens avec attendrissement.

Les vacances d’été 1959, auprès de mes parents, évidemment, je ne m’en souviens pas. C’est à la fin de cet été-là que j’y suis revenue, à la pension Saint-Michel. Je reconnaissais les lieux,
c’était sur, j’étais heureuse de revenir. Quel était cet établissement ? Question aussi que je ne me posais pas alors… Si jeune, on est là, on est bien ou on est mal. Moi, j’étais encore en
vacances, en colonie, avec d’autres filles, à la campagne, avec les monitrices et les sœurs.

(d’après une histoire vraie, à suivre si vous le voulez…)