Vous, ma maîtresse chérie, je vous attends. Chaque matin je vous appelle ; chaque matin, je crie mon besoin de vous voir. Un appel si particulier que forcément, vous savez que je vous appelle… Je me campe devant votre porte. Assise, patiente. Parfois je devine un soupir, un bâillement… J’entends… J’ai veillé sur la maison pendant votre sommeil. A l’affût du moindre bruit, de ces mouvements inaudibles pour vos oreilles humaines. Je peux barrer la retraite au mulot imprudent… pour vous plaire. Je vous attends… J’approche mon nez de la fente de la porte. Je sens votre parfum, je sens cette nouvelle crème pour vos mains. J’aime alors y frotter mes babines.

Vous vous éveillez. Vos pieds enfilent les chaussons et la soie de votre peignoir crie doucement sur votre corps. Vous faites le tour du lit. J’attends follement… Je me frotte à cette porte qui tarde à s’ouvrir. Allez-vous me voir ? J’aperçois votre jambe dans l’entrebâillement et me couche à vos pieds au risque de vous faire trébucher. Mais vous saviez vous aussi… Comme chaque matin, je suis là ! Je m’étire sur le flanc, plissant les yeux, tirant sur mes pattes, délicieusement, délivrée de ma posture de gardienne. Votre main se perd dans mon pelage, vos doigts glissent dans les longs poils et je vous offre mon ventre. Que miaulez-vous ce matin ? je sais vos intentions dans vos intonations. Peut-être un peu pressée ce matin ? Rétablissement vite fait sur mes quatre pattes, direction, ma fenêtre… Je vous précède, ne sachant vraiment pas ce que vous allez faire, et me retourne pour vérifier que vous me suivez bien. Notre rituel matinal est bien rôdé. Sur le bras du canapé, été comme hiver, je vous demande d’ouvrir ma fenêtre, puis mes volets. Chaque matin, ils grincent pour moi. Un saut sur le radiateur, puis sur le rebord de la fenêtre…. Enfin, sentir les odeurs de la nuit qui fuit, c’est vital pour moi… Vous me regarder faire chaque matin. Puis je devine le passage du mâle d’en face qui ne peux s’empêcher, malgré la peignée que je lui ai mise, de revenir sous ma fenêtre la nuit marquer son territoire sur le pot de fleur de ma maîtresse, ça m’agace… Je l’entends parfois grogner. Vous aussi grogner après ce voisin envahissant. D’un bond, je me retrouve sur la terrasse et invariablement – ou presque – je longe la maison et tourne le coin, pudiquement pour me soulager vers le fond du jardin. Je reviens vite, car pour rien au monde je ne voudrais louper la friandise matinale que vous m’offrez lors de votre premier repas… Sur votre doigt, un peu de cette graisse à étaler… J’en raffole et cela me met en appétit pour déguster mes croquettes croustillantes. Voilà qu’il est temps de vous quitter douce maîtresse. Juste un dernier regard vers vous avant de rejoindre mon lit dans la chambre des enfants… qui ne sont plus là !

Un jour, comme çà… Janvier 2016