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Vous êtes là, vous que je chéri en secret, vous qui faites vibrer mon cœur. Chaque jour, mes yeux vous crient ces mots que je ne pourrais jamais vous dire…

Vous riez, joyeuse, heureuse, relevant nonchalamment cette mèche de cheveux claire qui refuse toujours d’épouser votre oreille. Et votre rire si léger, je le maudis et je l’adore. Vous
moquez-vous ? Vous recherchez dans les yeux de l’autre cette flamme d’amour, la même flamme d’amour qui est aussi dans mes yeux. Mais, vous ne me voyez plus. Vous ne la voyiez plus.

Nous étions pourtant si proches. Cet hiver, au coin de la cheminée, près de vous dans le fauteuil recouvert de boutis rose framboise, une couverture sur vos genoux, le crayon noir suspendu prêt à
fondre sur la grille aux cases blanches et noires de vos mots croisés. J’étais suspendu moi aussi à vos lèvres, buvant les mots que vous murmuriez, et qui chantonnaient comme une berceuse pour un
tout petit.

Je suis pourtant toujours le même, fidèle jusqu’à mourir pour vous, à vous suivre au bout du monde. Et Dieu sait que ce n’est pas dans l’habitude de notre famille !

Enfin, vous tournez la tête.

Vos yeux s’étrécissent, enfermant dans l’instant, l’image d’un bonheur simple. Vous êtes heureuse et cela se voit. Moi pas.

Oui, vous me nourrissez ! Oui, vous êtes attentive à mon bien-être ! Mais votre amour pour moi, qu’est-il devenu ?

Vous étiez deux, vous serez bientôt trois. Et moi, l’invisible, moi qui ai perdu votre amour exclusif, je vais partir rejoindre l’ombre des chats déçus. Vous n’entendrez plus jamais parler de
moi.