L’heure du conte est passée, et je reste hébété.
Comment aller dormir avec ce que je sais ?
Dans le noir, au fond du placard, et sous mon lit
Se cache, je vous l’assure, un soi-disant ami.
INGSEYFS0496

Le conteur l’a dit, dans l’ombre il m’attend !
Moi l’ombre me fait peur, et je pleure souvent
Quand maman, me couchant, souffle la bougie.
Je le sais, ils sont là, dans le noir… Tous tapis…

Bé qui ? M’a répondu l’Antoine, se moquant à demi.
L’ogre repu, la sorcière du bois, et pis le loup aussi !
Gros benêt, me dit-il. Ce n’est que racontars…
Que l’on content aux enfants comme toi, un peu couards !

Et s’en va en riant, me laissant là, penaud et embrouillé.
Pas possible d’oublier quand je vais me coucher,
Que sous mon lit peut-être, un ogre se dissimule…
Qu’au fond de mon placard, dans un rayon de lune

Une sorcière horrible viendra dans mon sommeil
Jeter un sort pour que jamais je ne m’éveille !!!
Et le loup… Lui, je l’ai vu en vrai, dans le brouillard.
J’allais chercher de l’eau au puits, il était tard.

Ses yeux brillaient, mais je n’avais pas peur
Puisque dans son histoire, notre ami le conteur
Disait que « derrière l’animal, un homme se cachait »
J’avais tendu la main, comme pour le toucher…

Une lueur vive passa dans ses yeux de feu.la-faune 2872 le loup vieux cormier 2008
Le souffle court… J’attendais… ami-ami, s’il le veut ?
Sa truffe noire et fraiche, sur ma main se posa
Et levant sa tête vers le ciel… Il hurla !

C’est ce cri déchirant, au milieu de ma nuit
Qui me réanima… Tombé tout près du puits
Mon pied dans une racine, une bosse sur le front
J’avais perdu conscience. Retour à la maison…

Gros baiser de maman, ce qui me consola
Mais de l’histoire du loup, je la gardais pour moi.
Apaisé, je le fus. Je me mis à prier avec ardeur
Que sous mon lit ce loup soit mon ami de cœur !

Puis, enfin…Le sommeil me pris.