le fauteuil roulant–      
« Merci, j’en reprendrais bien, a dit Olivia en attrapant le manche de la casserole ».

Elle fit glisser, à l’aide de la cuillère de bois, deux beaux morceaux de lapin bien doré, des rondelles de carottes et quelques champignons de Paris. Elle nappa le tout de la sauce
onctueuse qui faisait la réussite de ce plat familiale servit depuis au moins deux générations lors des réunions de famille.

Eléonore souriait, satisfaite. Elle était fière du succès qu’avait eu son « Lapin du Père Douillet » la veille, auprès de ses enfants et petits enfants venus pour la fête du Printemps
comme chaque année.
Ce soir, Olivia et elle, dinaient des restes en tête à tête, abandonnant l’immense salle à manger pour l’intimité de la cuisine tiède et confortable.

–       « Comment as-tu trouvé notre petite malade hier, demanda Olivia ? »
Cette question obligea Eléonore à sortir de ses rêveries.
–       « Bah ! Ondine se sent toujours mieux en cette saison, les couleurs reviennent sur ces joues, c’est bien qu’elle soit venue. Car même si elle ne
voit pas, elle entend les autres enfants jouer, rire, et cela lui suffit !»
–       « Oui, je l’ai remarqué aussi. Elle semblait heureuse ! »
Les deux femmes continuèrent mentalement leur réflexion sur l’état de santé d’Ondine, ni pire, ni mieux ; une petite fille immobile qu’une maladie rare ronge doucement…
Dehors les longues traînées de nuages roses dans le ciel bleu pâle invitaient à la promenade. L’air était doux et les lilas exhalaient leur parfum agréable presque entêtant.
–       « Une pomme cuite, interrogea Eléonore ?
–       « Non merci. J’ai bien diné. Allons faire un tour proposa Olivia. »
Comme souvent, en rentrant de leur promenade digestive, elles prendraient une infusion puis iraient se coucher.
Eléonore, ce soir-là, ne se mit pas tout de suite au lit. Assise à son bureau, elle fouillait dans la pile de factures à payer et de lettres à répondre, en sortit l’enveloppe bleue reçue le
matin même. Elle ôta doucement la feuille de papier bleu pliée en quatre, l’ouvrit aussi doucement, retardant l’instant où ses yeux reliraient les premiers mots de cette lettre si inattendue,
ces mots qui disaient….
                « Ma chérie…
A suivre ?!