En quelques jours, sachant la fin proche décelée au passage des vents mauvais des Lointains, Poplar le Vieux l’avait instruit de tout ce qu’un peuplier tremble devait savoir. La protection était assurée sur une autre province du monde du milieu, pas seulement pour son espèce mais pour toutes celles de ce monde agonisant… C’était la prophétie de Poplar le Vieux qui se réalisait à n’en pas douter.

Il se souvenait que quinze années septimes auparavant, lui, Tremolin sortait d’une terre rousse et complice, ses fortes racines où s’accrochaient les vies souterraines. Ses branches, ses feuilles son tronc, s’étaient couverts d’insectes de tous genres, du dessus, du dessous, du dedans de la terre mère, d’oiseaux de toutes plumes, de poissons d’écailles ou nus, de toutes eaux, les limpides et les boueuses, les sages et les tumultueuses vivant sur et dans la terre mère, d’herbivores de tous poils vivant au sol ou à la cime des uns ou des autres, de carnassiers indispensables pour l’équilibre de tous. Ils se sont posés, agrippés, enfouis, tous en paix et confiants d’une nouvelle vie. Dans la terre, sous ses racines, Tremolin savaient des enfants endormis, rejetons multiples et variés dans leurs cocons, descendants innocents des parents et amis feuillus sacrifiés. Les petits se réveilleraient après le grand déménagement, quand la septième province aura fait se rejoindre le ciel, la terre et l’eau. Ainsi allaient les cycles des septimes dans ces temps-là.

Tremolin se souvenait de son arrivée dans la septième province du Monde du milieu après tant de souffrance… Sur cette terre d’asile féconde, il avait glissé délicatement ses jeunes racines ensemencée de vies d’ailleurs dans la terre rouge d’ailleurs, se mélangeant à jamais à une autre terre, brune, chaude et fertile. Il avait levé haut, le plus haut possible, ses jeunes branches pour retenir les nuages gorgés d’eau afin de s’abreuver… Délicats, les nuages consentants s’écartaient, laissant un ciel rougissant de fin de jour apparaître.

(A suivre)