Une larme s’écrase sur les mots douloureux.
Le poème est terminé.
Je regarde l’encre se déliter au contact de l’eau salée dans le brouillard de mes yeux.
Larme qui boit le mot chagrin.
Larme qui s’étend encore et disparaît au sein même de la feuille éponge.
Elle entraîne d’autres mots qui s’effacent comme voisins de chagrin ;
La flaque s’étend encore, laissant penaudes les phrases trouées qui ne veulent plus rien dire après que d’autres larmes tombent, elles aussi, sur les mots-souvenirs.
Le chagrin est englouti et ma plume s’évertue à reconstituer le rébus.
Mes vers sont là, au bout des mes doigts qui dispensent un goutte-à-goutte de mots d’encre qui se délavent aussitôt.
La feuille joue le buvard engloutissant tout, chagrin, et ses voisins qui étaient des vers, alexandrins parfaits en strophes.
J’écris avec mes larmes guidées par mon bras.
Lui, bruine des mots, du bout de ma plume.
Mots qui s’enfuient pour que personne ne lise par-dessus mon épaule.
Ils parlaient de lui, du ventre qui le mis au monde dans le fracas des halètements, intimement confondu au liquide amniotique, au sang, aux larmes.
Larmes Joie avant larmes Chagrin qui s’évaporent.
Mon doigt barbouille la feuille humide…